Mer et Marine – L’impressionnant naufrage du cargo Luno à Anglet

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6 February 2014 - Le Luno, un petit vraquier espagnol de 100 mètres de long et 4600 tonnes de port en lourd, s’est brisé en deux, hier matin, devant Anglet, dans les Pyrénées Atlantique. Construit en 1994, le navire, après avoir passé la nuit au large, avait débuté au petit matin son approche pour entrer dans le port de Bayonne vers 10h. La météo était mauvaise mais le port était ouvert, deux navires l’ayant d’ailleurs quitté à 8h50 (Andrea Añon) et à 9h20 (Star Curaçao). Le pilote est donc normalement monté à bord du Luno afin de diriger la remontée du chenal de l’Adour. C’est là que le vraquier espagnol, qui selon son armateur, Naviera Murueta, avait achevé tout récemment son arrêt technique quinquennal, a été victime d’une avarie électrique totale. Sous l’effet de la forte houle, il a alors été jeté contre la digue sud du port de Bayonne, juste devant la plage d’Anglet. Les deux remorqueurs présents avec la pilotine n’ont rien pu faire.

Sauvetage périlleux de 12 marins

Alerté à 10h10, le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) d’Etel a, immédiatement déployé des moyens pour sauver les 11 membres d’équipage du Luno, ainsi que le pilote. Leur récupération est devenue d’autant plus urgente que la houle s’est mise à forcir, avec des vagues de 5 à 6 mètres, provoquant la rupture de la coque. La partie avant est allée s’échouer sur la plage d’Anglet alors que l’arrière est resté encastré dans les rochers, au bout de la digue, avec une forte crainte de déstabilisation face aux coups de boutoir de la mer. Le sauvetage par bateau étant trop dangereux, c’est un hélicoptère Puma de la base aérienne de Cazaux, dont les équipages assurent les missions de secours en mer dans cette zone, qui a mené à bien l’évacuation des marins présents sur le Luno. Une opération très délicate dans des conditions particulièrement difficiles, qui ont d’ailleurs obligé les militaires à s’y reprendre à deux reprises. Après une première tentative jugée trop périlleuse, le Puma a attendu une fenêtre météo un peu plus favorable pour se présenter de nouveau et treuiller en une seule fois les 12 naufragés. En état de choc mais sains et saufs, à l’exception semble-t-il de quelques blessures légères, ils ont été déposés à terre et pris en charge par une équipe médicale.

Pas de risque majeur de pollution

Pendant ce temps, le préfet des Pyrénées-Atlantiques a déclenché le plan POLMAR Terre en vue de faire face à une éventuelle pollution. Le Luno, qui venait à Bayonne chercher des billettes d’acier, naviguait heureusement à vide. Mais il y a à bord le carburant de propulsion, soit d’après les autorités plus de 100 m3 de gasoil, dont une partie s’est apparemment échappée en mer. Il s’agit d’un carburant léger, qui se dissout facilement dans l’eau et a tendance à s’évaporer rapidement. Il n’y a donc pas de risque de pollution majeure ou de marée noire, comme c’est le cas avec le fuel lourd, beaucoup plus visqueux et nocif. La plus grande vigilance demeure néanmoins puisque l’épave du vraquier est située juste devant la plage. De plus, même s’il ne s’agit que de diesel, l’écosystème n’apprécie que modérément ce type de produit, surtout s’il venait à se déverser en abondance en cas de déchirure des cuves. Le gros des soutes à combustible se trouverait toutefois dans la moitié avant, celle qui est échouée sur la plage et qui semble la moins exposée, alors que la partie arrière, située au bout de la digue, a commencé à se disloquer cette nuit. Afin de faire un état des lieux complet de la situation, de l’état du navire et de ce qui se trouve à bord, la Marine nationale a dépêché, depuis Brest, une équipe du Centre d’expertises pratiques de lutte antipollution (CEPPOL), qui est arrivée hier après midi à bord d’un EC225 de l’aéronautique navale. Ces investigations s’annoncent évidemment délicates compte tenu de la météo, qui reste mauvaise.

Une enquête a été confiée à la gendarmerie maritime, qui devra faire la lumière sur les causes de l’accident.